mardi 13 décembre 2011

Prisons françaises: un taux de suicide en forte hausse depuis 1945


PARIS (AP) — Le taux de suicide a progressé de 4 à 19 pour 10.000 depuis 1945 dans les prisons françaises, selon une étude publiée mardi par l'Institut de veille sanitaire (InVS). Cela concerne près d'un décès sur deux.
Le taux de suicide en prison, près de 19 pour 10.000 personnes écrouées en moyenne en 2010 en France métropolitaine, a quintuplé depuis 1945, quand il était de 3,8.
Dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), l'InVS constate qu'à la fin des années 1940, le niveau de suicide était du même ordre, en prison, que celui observé chez les hommes âgés de 15 à 59 ans en population générale. "Depuis l'écart s'est creusé", souligne l'institut. "En 2008, la mortalité en prison était ainsi sept fois plus élevée qu'en population générale masculine, où le taux était estimé à 2,6 pour mille".
L'InVS a étudié les données sur trois ans et demi d'observation de séjours sous écrou provenant du fichier national des détenus de la direction de l'administration pénitentiaire (DAP). Il observe qu'à l'heure actuelle, près de la moitié des décès survenus dans les prisons françaises sont des suicides.
"Le moment de l'incarcération, la surpopulation carcérale et l'isolement par le placement seul en cellule ou la mise en quartier disciplinaire ont été mis en avant comme facteur de risque", souligne l'institut. Il précise que d'autres facteurs individuels de nature sociodémographique, pénale et clinique ont également été identifiés.
De 2006 à mi-2009, le taux de mortalité par suicide était de 16,7 pour 10.000 séjour-années sous écrou en France. Les personnes placées sous surveillance électronique (5% de la durée totale observée) présentaient un taux deux fois moins élevé. Il en était de même pour les femmes (4, avec un taux de 13,1 pour mille contre 16,9 pour mille pour les hommes.
Les personnes ayant plus de 30 ans au moment de leur mise sous écrou affichaient un taux près de deux fois plus élevé que les adultes plus jeunes. Environ 1% de la durée totale observée sous écrou a été effectuée en cellule disciplinaire, où le taux de suicide était dix fois plus élevé. Ce taux était presque trois fois plus élevé pour les prévenus que pour les condamnés.
Le taux variait également selon la nature de la principale infraction: 46,5 pour mille pour les personnes écrouées pour homicide volontaire, 26,8 pour mille pour viol, 23,8 pour mille pour une autre agression sexuelle, 16,1 pour mille pour violence volontaire et enfin 9,3 pour mille pour une autre infraction. AP