jeudi 20 octobre 2011

De la question des fouilles corporelles considérées comme un traitement inhumain et dégradant



La fouille à nu généralisée, une pratique dégradante

Enquête | LEMONDE | 20.10.11 | 14h37   •  Mis à jour le 20.10.11 
La fouille à nu systématique des détenus, interdite depuis 2009, reste une pratique habituelle dans l'Hexagone. La France a ainsi été condamnée à trois reprises par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui considère qu'il s'agit d'un "traitement dégradant". Pourtant, s'alarme l'Observatoire international des prisons (OIP), cette procédure perdure.
Personne ne conteste à l'administration pénitentiaire le droit de fouiller un détenu, même à nu, ou sa cellule - c'est même son devoir, et la prise en otage pendant une dizaine d'heures d'un médecin par un détenu armé d'un poinçon, mardi 18 octobre, n'a pu que le souligner. Ne sont en cause que les fouilles à nu systématiques et humiliantes, notamment après chaque visite et parloir.
Les détenus doivent se déshabiller devant un ou plusieurs surveillants, souvent dans des locaux qui ne sont pas fermés, ouvrir la bouche, soulever la langue, retireréventuellement leurs prothèses, lever les bras, montrer la plante des pieds, écarter les jambes, pour les femmes soulever leurs seins pendant qu'on fouille leurs vêtements, en essuyant parfois de lourdes plaisanteries sur tel ou tel détail de leur anatomie.
Depuis une circulaire d'avril, il n'est théoriquement plus demandé au détenu de se pencher en avant et de tousser pendant qu'on lui vérifie l'anus.
La loi pénitentiaire de 2009, qui proscrit les fouilles systématiques, n'est pas respectée : l'OIP assure que les fouilles intégrales reviennent en force et a engagé, jeudi 20 octobre, une série de recours pour excès de pouvoir à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), Oermingen (Bas-Rhin) et Poitiers-Vivonne ; trois demandes d'abrogation de règlement intérieur de prison ont été faites à Rennes, Nantes, Caen, et d'autres actions sont envisagées à Roanne (Loire) et Toulouse. L'administration pénitentiaire estime, quant à elle, qu'elle est en conformité avec la loi, et que les fouilles à nu ne sont pas "systématiques" mais "fréquentes".
C'est déjà un vieux combat. "Il y a quelque chose de très profond dans la manière dont l'administration a construit sa relation avec les détenus, indique Nicolas Ferran, pour l'OIP. La fouille intégrale en fait évidemment partie, et la sécurité n'explique pas tout."
La Cour européenne a donné un premier coup d'arrêt le 12 juin 2007, dans l'arrêt Frérot contre France (du nom du requérant Maxime Frérot, ex-membre d'Action directe) :"S'agissant spécifiquement de la fouille corporelle des détenus, la Cour n'a aucune difficulté à concevoir qu'un individu qui se trouve obligé de se soumettre à un traitement de cette nature se sente, de ce seul fait, atteint dans son intimité et sa dignité, tout particulièrement lorsque cela implique qu'il se dévêtisse devant autrui, et plus encore lorsqu'il lui faut adopter des postures embarrassantes." La fouille à nu systématique est bien "un traitement dégradant".
Le constat est d'ailleurs largement partagé. Le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) avait estimé, le 10 décembre 2007, qu'une "fréquence élevée de fouille à corps - avec mise à nu systématique - d'un détenu comporte un risque élevé de traitement dégradant". Les parlementaires en avaient conscience. "Etre mis à nu devant un autre, expliquait l'ancien garde des sceaux Robert Badinter, c'est la première étape de la dégradation du sujet. Les régimes totalitaires le savent bien, et de multiples témoignages nous sont parvenus de périodes tragiques et de lieux concentrationnaires."
L'UMP, lors de sa convention justice de juin 2006, avait conclu que "les atteintes (que) constituent (ces pratiques) à la dignité des détenus, et d'une certaine manière à celle des surveillants, sont disproportionnées par rapport à l'objet qu'elles poursuivent et aux résultats qu'elles obtiennent".
Il a ainsi été aisé de voter l'article 57 de la loi pénitentiaire de 2009 : "Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement." La loi précise que "la nature et la fréquence (de ces fouilles) sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes."
Les fouilles ne peuvent donc pas être générales, mais "doivent répondre à un principe de nécessité", analyse Me Patrice Spinosi, conseil de l'OIP. "A un principe de proportionnalité, en fonction de la personnalité du détenu et des conditions de sécurité, et un principe de subsidiarité, lorsque les autres moyens ne sont pas possibles."
L'OIP a saisi en juillet le tribunal administratif d'une note du directeur du centre de détention de Bapaume (Pas-de-Calais), qui prévoyait une fouille intégrale pour "toute personne détenue ayant eu accès" aux ateliers, parloirs, vestiaires. La chancellerie a abrogé la note quelques jours avant l'audience.
Un mois plus tard, un détenu de 61 ans du centre de détention de Salon-de-Provence s'est ému d'être systématiquement fouillé à nu (il avait curieusement le droit degarder ses chaussettes), après chaque visite de ses vieux parents. Le juge des référés de Marseille a suspendu les fouilles, estimant que "l'administration n'apportait aucun élément" permettant de les justifier. Ce régime "constitue une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale de l'intéressé, de ne pas subirde traitements inhumains ou dégradants".
Le Conseil d'Etat a considéré que les conditions de l'urgence, en référé, n'étaient pas remplies, mais a répété que "la situation de l'établissement pénitentiaire de Salon-de-Provence, si elle appelle des mesures de sécurité renforcées depuis l'été, ne justifie pas nécessairement, pour tous les détenus sans distinction, une fouille corporelle intégrale répétée à la sortie de chaque parloir".
L'administration ne s'en émeut guère. "Les fouilles ne sont pas systématiques, elles sont fréquentes, explique Henri Masse, le directeur de l'administration pénitentiaire (DAP). Il n'y a plus de séparation dans les parloirs, on peut toucher son visiteur, le prendre dans ses bras. Il peut aussi passer des objets." En effet, 24 000 objets illicites ont été découverts en prison en 2010, dont 10 000 téléphones portables et 512 armes artisanales.
"Les fouilles sont faites en fonction de la dangerosité du détenu et du contexte général de la prison, il faut être extrêmement vigilant", poursuit le DAP. Un premier scanner corporel, pour éviter les fouilles à nu, a été installé à Paris, un autre va être testé à Lannemezan (Hautes-Pyrénées).
Franck Johannès

"On a du mal à passer de la théorie à la pratique", entretien avec Jean-René Lecerf

Qu'impose, sur la question des fouilles, la loi pénitentiaire ?

La loi pénitentiaire a modifié plusieurs choses, et a d'abord imposé que la réglementation des fouilles soit prise en charge par le législateur, et non plus par décret, dans le respect de la dignité des personnes. Il y a trois types de fouilles : la fouille "normale", par palpation, la fouille intégrale, à nu, lorsque les conditions de sécurité l'exigent et qui doit être exceptionnelle, et la fouille corporelle interne - en clair, le toucher rectal ou vaginal - qui est interdite. Sauf dans des circonstances exceptionnelles, après autorisation d'un juge, et par un médecin extérieur à l'établissement. La fouille interne était assez largement pratiquée, malheureusement plus dans un but vexatoire que pour des raisons de sécurité.
Pensez-vous que la loi pénitentiaire soit convenablement appliquée en ce qui concerne les fouilles intégrales ?
Il s'agit hélas de l'un des points où on a du mal à passer de la théorie à la pratique. L'un des buts de la loi pénitentiaire était de faire en sorte que l'emprisonnement soit l'exception, et je suis assez mal à l'aise en tant qu'élu de la majorité lorsque j'entends que l'on va construire 30 000 places de prison supplémentaires et que reprend l'inflation carcérale. Dans les textes, il y a tout ce qu'il faut, le problème est que tout cela se mette en place. Le nombre de suicides en milieu carcéral, plus important en France qu'ailleurs, ne s'explique pas seulement par les problèmes psychiatriques des détenus, mais aussi par la multiplication des fouilles. Cette méconnaissance de la dignité des personnes a contribué à ce que la France ne soit pas en bonne position en Europe sur les problèmes pénitentiaires.
L'Observatoire international des prisons (OIP) annonce des recours contre la systématisation des fouilles...
L'OIP est dans son rôle, l'administration pénitentiaire fait des efforts, tout dépend en réalité du directeur ou du sous-directeur de l'établissement. Il y a des secteurs en prison où il y a de la violence, des bagarres, des tentatives d'évasion, et la tentation est forte de passer outre à la réglementation et à la volonté du législateur. Je suis dans une position très inconfortable, mais si ces recours permettent de faire avancer les choses, j'en serais très satisfait.
Propos recueillis par Franck Johannès

Pour les détenus, ce n'est qu'une inutile humiliation

Plusieurs détenus, qui souhaitent rester anonymes par peur d'éventuelles représailles, ont témoigné auprès de l'Observatoire international des prisons (OIP) de l'humiliation que sont pour eux les fouilles à nu.

"Etre fouillé, c'est terrible"
"J'ai connu la prison il y a longtemps, en allant voir un copain. Le temps passe vite au parloir. Je lui dis : "Ça va bientôt se terminer." Et là, il se met à pleurer. Un type qui avait 55 ans, à sangloter vraiment. Je lui dis : "Mais enfin, ne te mets pas dans cet état-là, tu n'es pas seul." Il me dit : "Ce n'est pas pour ça, il faut que tu saches que maintenant, je vais être fouillé, et ça, c'est terrible.""
"Ça me détruit, j'en ai ras-le-bol"
"Je refuse de montrer mon sexe, et mets ma main devant. Il me demande quand même de voir et de lui donner le caleçon. Après avoir vu devant, je dois me tourner. Ça me détruit, j'en ai vraiment ras-le-bol. Pour moi, ça reste interdit, je souhaiterais vraiment porter plainte. Ça reste une vraie obligation de faire de l'exhibitionnisme devant eux, voire même une agression sexuelle."
"Ça ne répond pas à un souci sécuritaire""En centrale, les types ont des relations sexuelles au parloir avec leur femme, et ça se voit. C'est ça aussi l'humiliation pour toi et le surveillant, même s'ils ont des gants. Et puis même s'il ne se passe rien avec ta femme et que simplement sa présence t'excite, dix minutes avant la fin du parloir, tu fais en sorte d'éviter tout contact, même les mains, pour ne pas arriver à la fouille en érection. On sait que ça ne répond pas à un souci sécuritaire, la fouille, c'est l'acte qui te fait passer du statut d'être humain à celui de taulard."
"On nous fait subir tout et n'importe quoi"
"Enceinte, je reçois des visites au parloir toutes les semaines. Je suis contrainte d'ôter en intégralité mes vêtements et sous-vêtements qui sont palpés et fouillés par la surveillante. Ensuite, on me demande de me décoiffer, même si je n'ai qu'une frange retenue par une pince minuscule, et de secouer mes cheveux. Puis, on me demande de me retourner nue, les fesses en l'air, afin que la surveillante puisse regarder l'intégralité de mon dos, ainsi que la plante de mes pieds. La fouille à corps est déjà une humiliation avérée, mais il m'a été demandé en plus, à deux parloirs différents, de soulever ma poitrine. Je n'ai jamais commis la moindre mauvaise action en détention qui pourrait justifier une méfiance particulière à mon égard. On nous fait subir tout et n'importe quoi sous couvert de sécurité."
"Je refuse cette humiliation systématique"
"J'ai environ un parloir toutes les trois semaines avec mes parents de 78 et 80 ans. A chaque fois, au retour de parloir, je dois me déshabiller totalement en présence de surveillants, trois ou quatre en général car les fouilles à corps se pratiquent dans une pièce contenant trois ou quatre parloirs ouverts. Cette pratique de mise à nu est systématique. Je trouve cela humiliant et dégradant. Ce manque d'intimité dans les box de fouille génère des plaisanteries sur la taille des organes génitaux et la beauté de nos fondements respectifs. Je refuse de subir cette humiliation systématique, je n'appartiens pas à la population à risque."
"C'est kafkaïen, à quoi ça sert ?""Je me souviens d'amies qui avaient droit à une fouille à nu en sortant de la prison pour aller au palais de justice, puis une en arrivant au palais de justice, une en sortant, et une quatrième en rentrant à la prison. Alors qu'elles étaient menottées et encadrées par des équipes de flics. C'est kafkaïen. A quoi ça sert ? La proportion d'évasions est infime, alors que celle des gens qui pètent les plombs parce qu'on est traité de manière indigne, c'est ça qui est dangereux."
"Les fouilles à corps sont des mutilations silencieuses"
"Au moment de cette mise à nu, le corps se crispe, se rétracte, se referme. La honte de se dévêtir devant un tiers nous avilit, on se sent salie, impure, avec l'impression de n'être qu'un objet, une marionnette, de n'être réellement rien. On ressort avec la sensation d'avoir été livrée en pâture, dans un contexte de domination qui nous renvoie à nos peurs les plus profondes, à notre fragilité personnelle. L'objectif réel est d'obtenir l'allégeance, la soumission. Les fouilles à corps sont des mutilations silencieuses, une déchéance imposée et inutile."
Un surveillant : "C'est antinomique avec la réinsertion"
"Dire à un être humain, déshabille-toi, enlève ton slip, baisse-toi, je trouve ça dégradant. En plus, c'est antinomique, parce qu'on nous demande de faire de la réinsertion. Il y a des gars qui se confiaient à moi, qui voulaient s'en sortir, et, à un moment donné, je leur disais de se déshabiller pour les fouiller. J'ai toujours exécré la fouille. En plus, je trouvais ça parfaitement ridicule, parce que je n'ai jamais rien trouvé."
Franck Johannès

Communiqué de la Section Française de l'Observatoire International des Prisons





Dans nombre de prisons françaises, des fouilles à nu systématiques sont exercées à l'encontre de toutes les personnes détenues ayant eu accès aux parloirs, et ce en toute illégalité. Adoptée le 24 novembre 2009 sous l'influence de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, la loi pénitentiaire est en effet venue encadrer la pratique de ces fouilles en ne les autorisant que de façon exceptionnelle. Ce jeudi 20 octobre 2011, l’OIP dépose plusieurs recours devant le juge administratif pour obtenir la suspension ou l'annulation des décisions instituant de tels régimes de fouilles dans les établissements pénitentiaires de Salon-de-Provence, Oermingen et Poitiers-Vivonne. Des recours visant d'autres établissements pénitentiaires suivront dans les prochaines semaines. L’OIP rappelle que la loi pénitentiaire, que l’administration résiste à appliquer, est venue encadrer l’usage des fouilles à nu, avec l’objectif, à terme, de tendre vers une disparition de ce type de fouilles.



La fouille corporelle intégrale est une mesure de sécurité impliquant la mise à nu autoritaire des personnes détenues. Pratiquée dans des locaux ne garantissant le plus souvent pas l'intimité des personnes qui y sont soumises, elle requière de celles-ci l'adoption de positions embarrassantes pour rendre visible l'entre jambe et rendre possible une inspection visuelle anale. Le caractère humiliant de ces fouilles est un constat largement partagé par nombre d’organes nationaux (Commission nationale consultative des droits de l’Homme, parlementaires..) et internationaux (Cour européenne des droits de l’Homme, Comité européen de prévention de la torture, Comité contre la torture des Nations-Unies).



Sous l'influence de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, laquelle a condamné la France à plusieurs reprises pour sa pratique des fouilles à nu (Frérot c/ France, 12 juin 2007 ; Khider c/ France, 9 juillet 2009 ; El Shennawy c/ France, 20 janvier 2011), la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 est venue en encadrer l’usage en posant trois principes impératifs : un principe de nécessité au terme duquel les fouilles, qu’elles soient par palpation ou intégrales, ne peuvent être effectuées que si elles sont justifiées par « la présomption d’une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l’établissement » ; un principe de proportionnalité qui impose que la nature et la fréquence des fouilles soient « strictement adaptées [aux] nécessités [de la sécurité] et à la personnalité des personnes détenues » ; et enfin un principe de subsidiarité qui implique que les fouilles à nu « ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l’utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes ».



C’est en ce sens que le Conseil d'État, dans le cadre d’un récent recours intenté par l’OIP pour suspendre le régime de fouilles à nu que subissait une personne détenue à Salon-de-Provence à l’issue de chacun de ses parloirs, s’est prononcé le 9 septembre 2011 sur l'illégalité des fouilles imposé à ce détenu, en rappelant que les fouilles corporelles intégrales devaient être justifiées par des raisons sérieuses de sécurité et ne pouvaient être appliquées de façon indistincte et systématique à l'ensemble des détenus ayant accès aux parloirs. Concluant qu’« une fouille corporelle intégrale, répétée à la sortie de chaque parloir autorisé, impose à l'intéressé une contrainte grave et durable susceptible d'excéder illégalement celle qui est nécessaire pour l'application de l'article 57 de la loi du 24 novembre 2009 ».



En outre, les débats parlementaires sur la loi pénitentiaire mettaient alors en exergue l’objectif, à terme, de tendre vers une disparition des fouilles intégrales grâce au recours à des moyens de détection moderne. Or, force est de constater qu’aucune politique d’équipement des établissements pénitentiaires en matériel de détection (détection électronique ou à rayons X, scanners) n’a été conduite depuis l’adoption de la loi.


Aujourd’hui, près de cinq ans après les condamnations de la France par la Cour Européenne des droits de l’Homme, qui évoque une atteinte à la « dignité » de la personne, et deux ans après l’adoption de la loi pénitentiaire, l’OIP observe la persistance de fouilles intégrales effectuées de façon systématique sur l’ensemble des personnes détenues ayant eu accès à certains secteurs de la détention comme les parloirs. Plusieurs établissements pénitentiaires, dont la maison d’arrêt de Nantes, le centre de détention de Poitiers-Vivonne ou encore le centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, par exemple, disposaient encore en septembre 2011 de règlements intérieurs prévoyant que « l’accès au parloir implique que les détenus se soumettent obligatoirement à une fouille par palpation avant et intégrale après la visite ». Nombre d’établissements ont aussi décidé de la généralisation de cette pratique sans pour autant formaliser la décision, tels les centres de détention de Salon de Provence ou d’Oermingen.



Dans un contexte de résistance manifeste de l’administration pénitentiaire à l’application de la loi pénitentiaire et de la jurisprudence française et européenne, l'OIP a donc décidé d'intensifier ses recours administratifs en aidant des personnes détenues à obtenir la suspension, en référé, de ce régime de fouilles dans tous les établissements où il sera avéré qu'il est pratiqué, mais surtout, en demandant l’annulation des décisions des chefs d'établissement instituant ces régimes de fouilles systématiques (règlement intérieur, note, décision informelle).



Cette démarche s'inscrit dans le cadre du combat mené par l'association contre cette pratique gravement attentatoire à la dignité des personnes détenues. Intrinsèquement humiliante, aux effets dévastateurs, la fouille corporelle intégrale devait rester très exceptionnelle, en attendant d'être purement et simplement supprimée. 


Il en va du respect de la dignité des personnes incarcérées.



L'OIP rappelle :

  • l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme qui précise que « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » ;

  • l'article 57 de la loi n°2009-1436 du 24 novembre 2009 qui dispose désormais que « Les fouilles doivent être justifiées par la présomption d'une infraction ou par les risques que le comportement des personnes détenues fait courir à la sécurité des personnes et au maintien du bon ordre dans l'établissement. Leur nature et leur fréquence sont strictement adaptées à ces nécessités et à la personnalité des personnes détenues. Les fouilles intégrales ne sont possibles que si les fouilles par palpation ou l'utilisation des moyens de détection électronique sont insuffisantes » ;

  • l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme EL SHENNAWY c/ FRANCE du 20 janvier 2011 précise que « des fouilles intégrales systématiques non justifiées et non dictées par des impératifs de sécurité, peuvent créer chez le détenu le sentiment d'être victime de mesures arbitraires. Le sentiment d'arbitraire, celui d'infériorité et l'angoisse qui y sont souvent associées et celui d'une profonde atteinte à la dignité que provoque l'obligation de se déshabiller devant autrui […], peuvent caractériser un degré d'humiliation dépassant celui, tolérable parce qu'inéluctable, que comporte inévitablement la fouille corporelle des détenus ».

Après cet article, maintenant ancien, tout s'est accéléré; ils sont maintenant des centaines en métropole et outre-mer à saisir le juge administratif !

http://www.liberation.fr/societe/0101600839-plaintes-d-entre-les-murs

Condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l'Homme




La France a été condamnée jeudi par la Cour européenne des droits de l'Homme pour un usage disproportionné de la force par des gardiens de prison.

mercredi 19 octobre 2011

Pétition rédigée par des personnes détenues à Fleury Merogis pour des infractions à caractère sexuel



Je reçois quasi quotidiennement de tels témoignages émanant de personnes détenues pour des infractions à caractère sexuel; celui-ci est unique par le nombre de signataires, pour plusieurs raisons:

D'une part, parce que, précisément, il provient de ce type de personnes détenues qui, habituellement, sont très isolées, ne cherchant pas à faire parler d'elles, de crainte de représailles de la part de leurs co détenus, incarcérés pour d'autres types d'infractions; par exemple, les braqueurs constituent le "dessus du panier", le "gratin" et, à l'autre bout de l'échelle, se situent les personnes détenues pour des infractions sexuelles, autrement dit : les "pointeurs" auxquels une vie d'enfer est promise ! Or, ici, ils osent parler ! c'est dire le désespoir qui doit être le leur !

D'autre part, parce qu'une pétition, en détention, constitue une faute disciplinaire ! pas d'expression collective des personnes détenues, c'est interdit ! A quel titre ?

Le Conseil d'Etat a eu raison lorsque dans ses deux arrêts du 17 décembre 2008, il a jugé que les personnes détenues pouvaient être considérées comme vulnérables de par leur total assujettissement à l'administration pénitentiaire !

Je ne comprendrai jamais cette hiérarchie, issue directement du monde pénitentiaire ; toutes les personnes détenues sont dans la même galère; alors, pourquoi durcir encore le sort de certaines au motif qu'elles seraient plus coupables que d'autres ?

J'ai eu l'occasion de réagir là dessus, à Laval, lors du festival du film judiciaire, il y a quelques mois, durant la discussion avec une personne qui avait purgé une peine de prison.

Il a déclaré qu'il ne "tournait pas" (en promenade, on tourne en rond, faute de mieux) avec untel au motif qu'il était détenu pour une infraction à caractère sexuel ; je lui ai demandé de quel droit il rejugeait cette personne.

Non, je crois qu'il s'agit là d'une sorte de réidification d'une image de la part des personnes détenues qui adoptent une morale stricte, excluant certaines atteintes, jugées totalement inacceptables, à l'inverse de celles pour lesquelles elles sont incarcérées qui sont, par comparaison, beaucoup plus bénignes !

Le résultat est qu'une grande partie des personnes détenues est vouée à l'ostracisme des autres.

Lisez plutôt :
Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) : 
- Lettre pétition de 17 détenus : 


Reçue à l'O.I.P. le 19 octobre 2011

"Nous sollicitons votre bienveillance au sujet d'une injustice qui concerne certains détenus de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis.
En effet, tous les détenus incarcérés pour des délits à caractère sexuel sont constamment sous la menace d'agressions de la part des autres détenus et pour préserver notre intégrité physique nous restons enfermés en cellule 24 heures sur 24. L'injustice et le traumatisme psychologique que nous subissons est extrèmement grave.

Ce problème existe depuis plusieurs années et l'administration pénitentiaire nous méprise en ne faisant rien pour règler ce problème, c'est scandaleux et inadmissible!

C'est pourquoi nous vous informons qu' "une grève de la faim contre la double-peine" aura lieu dès le vendredi 28 octobre, nous espèrons toucher tous les détenus de France touchés par ce problème grâce à la médiatisation de cette affaire, et nous serions ravis si vous pouviez informer la presse télévisée de cet avis de grève.

Nos revendications: le droit aux promenades uniquement entre détenus incarcérés pour infractions à caractère sexuel (promenades et activités)

17 signatures

Cette demande ne nécessite pas l'adoption d'une loi mais un simple changement du fonctionnement de l'admionistration pénitentiaire.
Merci de nous aider à faire parler de cette grève de la faim".

La cuisine des taulards : Les détenus de la maison d’arrêt de Besançon ont réalisé un livre de recettes à base de produits de la cantine.



Petite réception, hier matin, à la maison d’arrêt de Besançon. L’occasion de lancer un tout nouveau livre baptisé « Des clefs pour cuisiner en prison ». Celui-ci propose 34 recettes mitonnées avec les détenus de Besançon.
C’est dans le cadre d’un atelier cuisine à la prison qui a duré un peu plus de six mois que ce travail culinaire a pu être entrepris.
Deux fois par mois, des détenus volontaires -ils furent en tout une vingtaine- se sont retrouvés, entourés de Marc Charpentier, le cuisinier, et d’Yves Petit, le photographe.
Le principe : mitonner des petits plats à base des produits « cantinables », ceux que le détenu peut s’acheter en maison d’arrêt pour cuisiner en cellule.

300 exemplaires

Pas question non plus de d’installer un plan de travail professionnel à la Masterchef. C’est avec le matériel très réduit des cellules que les plats ont été préparés.
« En cellule on n’a pas grand-chose, explique T., un détenu. Il faut improviser des petits systèmes pour arriver à se chauffer des plats. Moi je me fais des œufs cocottes avec les pastilles chauffantes qu’on nous distribue. »
Une cuisine de débrouille à laquelle cuisinier Marc Charpentier a voulu s’adapter. « Cela a été beaucoup d’échanges de discussions. C’étaient des groupes très à l’écoute, chaque séance durait deux heures. Je venais avec mes couteaux, cela n’a jamais posé de problème. »
Mais on ne faisait pas que la cuisine à cet atelier. En vue de la réalisation du livre, les petits plats étaient photographiés. L’occasion d’un atelier photo avec Yves Petit.
Le résultat, c’est ce très beau petit livre tout en couleur où l’on peut découvrir la meilleure façon de préparer des boulettes kefta, des pommes et chutney chorizo ou le blinis de courgette et rillettes de poissons.
Un livre qui n’a qu’un seul défaut. Tiré à 300 exemplaires, il n’est pas, jusqu’à présent, disponible pour le public. Il est en revanche distribué aujourd’hui aux détenus de Besançon qui dégusteront à l’occasion deux recettes issues du livre.
Philippe SAUTER
Le livre est un projet des Services pénitentiaires d’insertion et de probation du Doubs et du Jura et de la Direction interrégionale des services pénitenciaires Est.

Un séminaire intéressant à la fac de ROUEN, département d'Histoire le 26 octobre prochain

http://www.grhis.fr/2010/10/justice-sciences-crimes-et-peines-au-xxe-siecle/

Un bel exemple de notre quotidien d'Avocat aussi bien à Paris qu'à Rouen ou encore ailleurs !!!!


Encore un article de mon amie Laure Heinich Luijer; à toutes ces contraintes, il faut rajouter, pour être complet,  l'instauration du timbre fiscal de 35 € qu'il faut réclamer à nos clients en leur expliquant que, sinon, leur procédure sera irrecevable, de même que le nouveau timbre de plaidoirie de 15 €, à régler, même si le client bénéficie de l'aide juridictionnelle etc etc...

http://blogs.rue89.com/derriere-le-barreau/2011/10/18/journee-ordinaire-dun-avocat-penaliste-il-faut-attendre-maitre-2254-0

dimanche 16 octobre 2011

"Le Déménagement" ou...les personnes détenues peuvent elle encore décider par elles-mêmes?

http://libertes.blog.lemonde.fr/2011/10/13/le-demenagement-quon-ne-verra-pas/

Au mois de juillet, j'ai publié un article intitulé "Faut-il placer les personnes détenues sous tutelle ?"; l'administration pénitentiaire cherche à entretenir, à maintenir une opacité sur le vécu des personnes détenues à l'intérieur des murs, aucune communication sinon un discours, une propagande réglés, calibrés, dignes, à peu de choses près, des plus beaux jours de l'union soviétique...